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Les Affaires Investir, samedi 25 mars 2006, p. 98 Titres en action Les petites sociétés américaines séduisent Irwin Michael
Le gestionnaire des fonds ABC forme un cinquième fonds
pour étendre sa Beauchamp, Dominique
Le moment est bien choisi pour élargir ses horizons de placement, parce qu'il est de plus en plus difficile de dépister des aubaines au Canada, si l'on en croit l'un des plus fidèles prospecteurs de titres à bon marché. En effet, l'envolée du marché canadien depuis trois ans, l'engouement pour les ressources naturelles et la disparition d'une foule d'entreprises dans des offres d'acquisition réduisent le terrain de chasse au Canada, affirme Irwin Michael, gestionnaire des Fonds ABC depuis 1988. Même si ses fonds profitent pleinement de la vague de fusions et acquisitions et de la popularité des titres à faible capitalisation, M. Michael déplore que l'univers de titres canadiens ne cesse de rétrécir. Heureusement, le gouvernement canadien a levé l'obligation d'investir 70% d'un régime de retraite au Canada. C'est aussi à l'extérieur du Canada que M. Michael dit dénicher les occasions les plus intéressantes, en particulier aux États-Unis. Les inquiétudes soulevées par les déficits américains, le coût de la guerre contre le terrorisme, et l'effet des hausses successives des taux d'intérêt depuis juin 2004, notamment, agissent comme un véritable aimant pour ce gestionnaire qui aime ramer à contre-courant. C'est parce qu'il déniche sans cesse de nouvelles occasions de placement que M. Michael a senti le besoin de lancer un cinquième fonds, le fonds fermé ABC Titres à bon marché, qui pourra prospecter pour des titres qui s'échangent en deçà de la valeur de leurs actifs, partout dans le monde. Par exemple, M. Michael et son équipe analysent actuellement l'achat d'actions dans un fonds immobilier fermé en Espagne et d'une chaîne d'hôtels à Hong Kong. À ses débuts, le nouveau fonds fera surtout ses achats dans le marché plus familier des États-Unis, ou M. Michael trouve déjà de petites sociétés susceptibles de se privatiser ou de se mettre en vente parce qu'elles croulent sous le poids des nouvelles règles imposées par la loi Sarbanes-Oxley, après les scandales d'Enron et de Worldcom. Les fusions et acquisitions devraient aussi se poursuivre, parce que les entreprises ont les coffres pleins après cinq ans de profits croissants et que les impératifs de la concurrence et de la mondialisation leur imposent de prendre du poids. Depuis six mois, au moins huit entreprises en portefeuille se sont privatisées ou ont été acquises, dont l'épicier américain Foodarama propriétaire des Shop Right, le fournisseur floridien de rhum Cruzan, l'hôtelier La Quinta, et le distributeur d'équipements de climatisation et de réfrigération Noland Corp.
Le marché des noix italiennes Le distributeur d'arachides et de noix John B. Sanfilippo & Sons (Nasdaq, JBSS, 15,16 $ US) de l'Illinois représente le genre de titre méconnu que M. Michael adore débusquer. Deuxième dans son marché avec une part de 10 %, Sanfilippo a beaucoup souffert lorsque les régimes Atkins et South Beach, axées sur les protéines, dont les noix, ont perdu de leur attrait. À l'apogée de sa popularité en décembre 2003, Sanfilippo valait 54,90 $ US par action et dégageait des bénéfices de 2,32 $ US par action. Le prix des noix a grimpé, entraînant un premier déficit pour la société au premier trimestre de 2006. Aujourd'hui, son cours est inférieur à sa valeur comptable de 18,42 $ US et équivaut à environ huit fois les profits de 1,65 $ US par action attendus en 2006. Son cours en Bourse équivaut à la seule valeur de sa division de distribution Fisher Products si le marché l'évaluait séparément au multiple de 1,5 fois les ventes de ses semblables. "Non seulement au cours actuel, on obtient le reste de la compagnie pour rien, mais Sanfilippo vend certains établissements désuets et met à jour leur valeur", explique M. Michael. La quatrième génération de la famille Sanfilippo pourrait éventuellement être tentée de privatiser l'entreprise, si le marché n'actualise pas sa valeur.
Un épicier caché en Indiana Les fonds ABC ont aussi acheté des actions de l'épicier régional Marsh Supermarkets d'Indianapolis (Nasdaq, MARSA, 8,82 $ US) au cours des trois derniers mois. Comme plusieurs sociétés dans l'ombre, l'épicier a une valeur boursière de 75 M$ US par rapport à des revenus de 1,5 milliard de dollars US. La société familiale, fondée en 1931, a embauché Merrill Lynch pour se mettre en vente en novembre dernier et a entrepris une importante restructuration, incluant la mise à pied de membres de la famille Marsh, la suspension de son dividende et la fermeture de magasins. Marsh vient de faire réévaluer ses actifs immobiliers. Leur valeur excède de 100 à 150 M$ US leur valeur au bilan, soit l'équivalent de 12,50 à 20 $ US par action de Marsh. M. Michael explique qu'il arrive souvent qu'un établissement ait plus de valeur en tant que site immobilier que dans l'exploitation de l'entreprise. Marsh exploite aussi des dépanneurs, un service de traiteur et de caféteria et même des fleuristes.
Un arrangeur de musique L'intermédiaire entre les producteurs de musique et les grands détaillants Handleman Co. (NY, HDL, 9,31 $ US), est un autre exemple des nombreuses entreprises invisibles pour Wall Street et pour lesquelles M. Michael devra sans doute aiguiser sa patience. L'entreprise de Troy (Michigan) prend en charge la sélection, la gestion, la livraison et la présentation des produits de musique chez Wal-Mart, KMart et Circuit City, par exemple. Elle vient d'obtenir un contrat avec le plus gros détaillant britannique, Tesco Plc, qui lui amènera des revenus additionnels de 50 M$ US. Toutefois, le déclin des ventes de musique préenregistrée nuit à ses résultats financiers. En revanche, un rachat de 15 % de ses actions est le signe que la société voit de la valeur dans son titre. La société s'échange à rabais par rapport à sa valeur comptable de 13,93 $ US. Elle n'a pas de dette et dégage un surplus de flux de trésorerie. Ce profil pourrait en faire une cible pour un acquéreur stratégique ou un fonds privé, avance M. Michael.
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